On a tous eu ce moment au marché d’automne : une grosse courge bleu-gris qui ne ressemble à rien de connu trône sur l’étal du maraîcher. La citrouille Bleu de Hongrie intrigue, mais une fois rapportée à la maison, on se retrouve face à plusieurs kilos de chair orangée sans trop savoir quoi en faire. Ce guide se concentre sur des recettes salées concrètes, pensées pour tirer parti de la texture particulière de cette courge en cuisine d’automne.
Cuisson rôtie longue : le terrain de jeu idéal de la Bleu de Hongrie
Avant de parler recettes, il faut comprendre ce qui distingue cette courge en cuisson. Là où un potimarron ou un butternut finissent par se déliter après un long passage au four, la Bleu de Hongrie garde une chair dense et peu filandreuse après plus de 45 minutes à haute température. C’est documenté par les fiches variétales de l’association Kokopelli : à 180-200 °C, la chair tient, caramélise en surface et reste fondante à cœur.
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En pratique, on exploite cette résistance de deux façons. Soit on découpe la courge en tranches épaisses (deux à trois centimètres) qu’on rôtit directement sur la grille du four, soit on détaille des quartiers plus gros pour un plat mijoté-rôti, type rôti de courge. Dans les deux cas, la chair ne s’effondre pas et supporte d’être manipulée sans se transformer en purée involontaire.
Tranches rôties au four avec sauge et parmesan
On coupe la courge en tranches régulières après l’avoir évidée. Un filet d’huile d’olive, du sel, quelques feuilles de sauge fraîche posées directement sur la chair. Enfournez sur une plaque recouverte de papier cuisson. Les retours varient sur le temps exact selon les fours, mais comptez une bonne quarantaine de minutes en surveillant la coloration.
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Cinq minutes avant la fin, on râpe du parmesan (ou du vieux comté) sur chaque tranche. Le fromage fond, grille légèrement, et forme une croûte salée qui contraste avec le goût naturellement sucré de la courge. Ce plat fonctionne seul en entrée chaude ou en accompagnement d’une viande blanche.

Gratin de citrouille Bleu de Hongrie aux champignons d’automne
Le gratin reste un classique des repas d’automne, mais avec la Bleu de Hongrie on obtient un résultat plus structuré qu’avec un butternut classique. La chair ne rend pas trop d’eau, ce qui évite le fond de plat détrempé qu’on connaît tous.
Les étapes qui changent le résultat
On précuit les cubes de courge à la vapeur pendant une dizaine de minutes. Pas plus : on veut qu’ils restent fermes. En parallèle, on fait revenir des champignons de saison (cèpes, girolles ou même de simples champignons de Paris) dans une poêle bien chaude, avec de l’ail et du persil.
- Disposer les cubes de courge et les champignons en couches alternées dans un plat à gratin, en salant chaque couche.
- Napper d’un mélange crème fraîche épaisse et jaune d’œuf, assaisonné de noix de muscade. Pas besoin de béchamel, la crème suffit vu que la courge ne relâche pas beaucoup d’eau.
- Terminer par une couche de fromage râpé (gruyère ou emmental) et quelques noisettes concassées pour le croquant.
Le gratin se tient à la découpe comme un gâteau de légumes, ce qui n’arrive presque jamais avec d’autres courges. C’est un vrai plat familial qui passe aussi bien en semaine qu’un dimanche.
Velouté de courge bleue : sortir du velouté basique
On ne va pas se mentir, la soupe de courge reste le réflexe numéro un. Le velouté de Bleu de Hongrie mérite quand même qu’on s’y arrête, à condition de ne pas tomber dans le mélange courge-eau-mixeur qui donne un résultat fade.
Rôtir la courge avant de la mixer change radicalement la saveur du velouté. On coupe en gros quartiers, on passe au four une trentaine de minutes, puis on mixe avec un bon bouillon de légumes (ou de volaille) plutôt qu’avec de l’eau. Les notes de châtaigne typiques de cette variété ressortent bien mieux après une cuisson sèche qu’après un simple passage à l’eau bouillante.
Garnitures pour un repas complet
Un velouté seul ne fait pas un repas. On peut le transformer en plat avec quelques ajouts concrets :
- Des croûtons frottés à l’ail et dorés à la poêle dans du beurre demi-sel, pour la texture.
- Un filet de crème épaisse et des graines de courge torréfiées (celles de la Bleu de Hongrie elle-même, récupérées et passées au four avec un peu de sel et de paprika).
- Des lardons fumés ou des dés de lard grillé pour ceux qui veulent un velouté franchement consistant.

Tarte salée à la courge bleue de Hongrie et au chèvre
La tarte salée est un format pratique pour un repas du soir d’automne avec une salade verte à côté. La Bleu de Hongrie s’y prête bien parce que sa chair, une fois précuite, ne détrempe pas la pâte comme le ferait un potiron classique.
On étale une pâte brisée (maison ou du commerce, pas de jugement), on répartit des tranches fines de courge préalablement rôties au four pendant une vingtaine de minutes. Par-dessus, des rondelles de bûche de chèvre, quelques brins de thym frais, un appareil à quiche léger (œufs, crème, sel, poivre).
Le fond de tarte reste croustillant même le lendemain, ce qui en fait une recette idéale à préparer à l’avance. On peut varier en remplaçant le chèvre par du roquefort pour un résultat plus marqué, ou ajouter des noix pour rappeler les saveurs de châtaigne de la courge.
Citrouille Bleu de Hongrie : une courge qui monte dans les paniers bio
Au-delà des recettes, cette variété ancienne gagne du terrain sur les étals. Le Réseau des AMAP d’Île-de-France a signalé dans son rapport d’activité 2023 une hausse continue de la demande pour des variétés anciennes de courges, dont la Bleu de Hongrie, intégrée aux paniers d’automne à la place du butternut depuis 2022-2023.
Pour les cuisiniers amateurs, c’est une bonne nouvelle : on la trouve de plus en plus facilement en circuits courts et chez les maraîchers bio. Sa conservation longue (plusieurs mois dans un endroit frais et sec) permet d’en acheter plusieurs en octobre et de les cuisiner tout l’hiver. Un seul spécimen donne souvent assez de chair pour deux ou trois recettes différentes, ce qui justifie l’investissement face à une courge de plusieurs kilos.
La prochaine fois qu’on croise cette drôle de courge bleu-gris au marché, le plus simple est de la couper en deux, d’en rôtir une moitié en tranches et de garder l’autre pour un gratin ou un velouté en milieu de semaine. Deux repas d’automne réglés avec un seul légume, sans avoir besoin de recettes compliquées.

